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| "Tu viens de la cité toi ?" La légitimité des auteurs par rapport à leur texte, l’adéquation de ce que l’on peut être et de ce que l’on peut dire est un débat prépondérant dans le hip hop et cela à tous les niveaux d’implication. Cette question de légitimité me travaillait déjà depuis un moment et il aura fallu une anecdote comme une journée peut en être remplie pour me pousser à me pencher plus sérieusement sur le sujet. Loin de moi l’idée de mettre en scène mes états d’âme, mais l’anecdote pose les bases. La scène est un cours d’art et une prof qui sans aucune raison apparente me balance « tu viens d’la cité toi ? ». Je ne viens pas de la cité non, mais d’un village du bord du lac où contrairement à Sinik ce sont les cars de touristes qui envahissent mes rues. A partir de là, la confusion s’est installée, je reflète ce que je ne suis pas et pourtant si on peut résumer la « cité » à un concept, je m’efforce de porter ce concept à bout de bras. Parce que au final la « cité » pour moi, c’est avant tous une culture et des gens qui la vivent corps et âme. Pour moi cette idée de « cité » est l’idée selon laquelle une population qui ne part pas forcément avec les mêmes chances que moi, parvient à ses fins. Des chefs d’entreprises aux artistes, en passant par une implication sociale plus développée qu’ailleurs, ce concept de « cité » est pour moi une leçon de persévérance et de respect. On est pas nés sous la même étoile, mais à quelques constellations prêtes on défend les mêmes idéaux. Hors sans s’en rendre compte par ces mots Madame B (nous l’appellerons Madame B. par souci de neutralité, mais la nommerons tous de même afin de mettre un visage sur ces représentants des institutions plus ou moins valides). Cette analogie entre moi et la cité et une image péjorative, car elle retranscrit le cliché qui fait des habitants des cités de simples portes baggy préface de valeurs inéxistantes. Donc ces quelques mots d’apparences anodines contribuent de manière, espérons le involontaire, à stigmatiser cette banlieue et ses représentants, au lieu de valoriser ces mêmes portes baggy qui deviennent ce à quoi ils aspiraient, ce pour quoi ils ont travaillé d’arrache pied, ce pour quoi jamais personnes ne les auraient prédestinés ou même aidés. Cette courte introduction, certes légèrement personnelle, illustre néanmoins assez bien, cette question de légitimité cher au hip hop. Je pense qu’en tant que passionnés de hip hop, imprégnés de cette culture, il nous est déjà tous venus à l’esprit des rimes qui content notre quotidien, des rêves de scène portés par notre liberté d’expression… Mais alors si je ne viens pas d’une banlieue, je ne peux pas lancer ma plume sur un beat hip hop ? Pour ma part, si certains thèmes nécessitent une certaine expérience, je considère néanmoins être apte à défendre avec mes mots ces mêmes valeurs de tolérance, de respect et de volonté, ces mêmes instants de doutes que la vie nous impose… qui me lient à un environnement dont je ne viens peut-être pas mais que je ne m’interdis pas de comprendre, et qui me semble être actuellement une des plus belles formes d’épanouissement. Quand j’entends 50 cent pourrir la bande FM, avec une crédibilité basée sur quelques bastos reçues dans le bide, pour finir au NRJ Music Awards ramasser le prix de la meilleure B.O d’ascenseur, je me dis que l’inspecteur Disiz ferait bien de le mettre a l’arrêt. On assiste alors à une sorte de putain de nouveau western, presque trop moderne, qui tourne court. J’ai l’impression que ce propos de légitimité est surtout le fait des jeunes générations, bon nombre se sont trahis, et le constat actuel est celui d’un hip hop à plusieurs vitesses. Aujourd’hui les têtes d’affiches du genre se tirent la bourre pour savoir qui sera le premier à passer sur le plateau de la Star’ac ! Nos voisins américains ont globalement réussi à mieux gérer cette harmonie entre la notoriété et un artiste toujours plus ou moins engagé, même si certains problèmes subsistent quand d’autres émergent. Je ne pense donc pas qu’un hip hop de qualité doit forcément se restreindre aux fonds de cave, ou aux cages d’escaliers pour s’imposer comme légitime, la preuve en est notamment la prolifération des courants alternatifs soutenus par des groupes comme les Beastie, ou La Caution chez nous. Au final, la légitimité du hip hop a toujours été dans le fait de refléter un quotidien et d’en dépeindre les joies ou les travers. Hors il est indéniable que ce quotidien qui a forgé les premiers beats de Afrikaa Bambataa n’est plus véritablement le même aujourd’hui. La légitimité du hip hop pourrait alors se trouvait dans sa capacité d’adaptation, adaptation relative aux MC’s et à l’interprétation juste de leur environnement. Sans rentrer dans cette idée stupide qui vient de m’effleurer l’esprit, la légitimité appartient à celui qui sera tombé le plus bas, je finirais par extrapoler le propos avec une dernière remarque qui risque de faire vriller ce concept de légitimité, à quand un rap tchétchène s’il n’existe pas déjà… Je ne pense pas avoir la réponse ultime mais néanmoins me poser les bonnes questions, et à partir de la légitimer une prise de position au sein d’un hip hop que je définis comme mon droit absolu à la parole. Ly.Du
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