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"Le frisson de la verité"
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Le 23 Juin 2008
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Kamelancien s’offre finalement un tour de piste supplémentaire au Grand Prix du Rap Français. Sorti début 2007, Le charme en personne devait être son « premier et dernier album ». Ses engagements avec son écurie et son goût pour le pilotage verbal l’ont finalement convaincu de redémarrer le moteur au volant d’un nouveau bolide : Le frisson de la vérité.
Quatre ans ont passé depuis son apparition sur l’album de Rohff La fierté des nôtres. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts et de l’encre sous les mines. Une rupture avec Rohff, un clash avec La Fouine et un album plus tard, Mister Tchikibraa a mûri. Inviter IAM comme il l’a fait sur le précédent album suffit à cerner la personnalité et le rap du bonhomme, caractérisés par un attachement à la tradition, au texte et à l’anti-bling-bling. Paradoxalement il est tout sauf hip-hop. Il rappe « pour les chèques et pour les liasses » plutôt que par passion, préfère les prises des sports de combat aux pas de danse et, surtout, accorde une place minime à la contestation politique et sociale.
L’argent avant tout donc, mais pas à n’importe quel prix. Il soumet son rap aux mêmes exigences qu’il fixe à sa vie, parmi lesquelles l’honnêteté est en bonne place. D’où un album en forme de journal intime souvent axé sur les relations humaines et les sentiments, dont l’inspiration emprunte plus à la tradition de la chanson française qu’à celle du rap. Cela avait donné quelques perles sur l’album précédent comme Le charme de la tristesse, Un jour ou l’autre tu verras ou Une histoire de cœur. La joie de survivre, qui inaugure Le frisson de la vérité, s’en approche. Comme Barbara en son temps Kamelancien chante l’optimisme et la persévérance malgré la cruauté de la vie. Quand ils vont partir, avec Zaho, les égale. Un titre particulièrement émouvant en hommage à ses parents. A l’heure où l’on tartine les albums de r’n’b comme autant de confiture à l’émotion, le Mc du Kremlin-Bicêtre prouve que le rap, seul, peut donner des frissons.
Mis de côté, le combat « social » laisse place à une dénonciation des travers de l’homme à travers des titres dynamiques aux thèmes novateurs. Il se désole ainsi sur Trop bon trop con que la bonté paie moins que les coups bas. Des bassesses que le rap français semble collectionner si l’on en croit Sur mes traces, qui donne un coup de canif dans l’impitoyable industrie du disque et brise les illusions associées au métier d’artiste. T’étais où ? poursuit la visite du côté obscur du rap en évoquant les années de sueur et de persévérance qui précèdent l’exposition médiatique. De quoi le dégoûter du téléchargement illégal, comme il l’explique dans quelques messages virulents diffusés sur son skyblog.
« Lanc’ » n’abandonne pas les nostalgiques de l’ex-futur groupe T’1kiet ni les « pirates du bitume ». Les riffs de guitare électrique de Coup 2 cœur, les menaces ciblées du Cri de ma communauté (« ils s’excusent parce qu’ils ont peur de me croiser, je t’ai pas oublié pas d’arrangement tu vas te faire froisser ») et les punchlines de Peine de mort (« j’rappe tellement bien que je mérite la peine de mort » !) nous envoient en pleine face le flow si particulier, particulièrement enragé sur cet album, du Mc qui nous bouscula un jour en s’excusant sur Code 187.
Il suffit de lire quelques messages sur Internet pour comprendre qu’avec Kamel, c’est autant une histoire de cœur que de musique. Son charisme, la sympathie qu’il suscite et les valeurs qu’il véhicule apportent un plus à son rap et sont la raison pour laquelle son public le plus fidèle pourra trouver exceptionnels des titres que d’autres jugeront tout juste moyens. Le frisson de la vérité est en effet inégal. Il pâtit d’une interprétation et de textes en montagnes russes, et le choix de « frère Bram’s » comme concepteur musical est à double tranchant : Si elles apportent une fraîcheur et une identité bienvenues aux chansons, ses productions semblent parfois loin de pouvoir rivaliser avec la crème du rap. On aurait également préféré que soit intégré le récent et excellent C’est que d’la musique plutôt que J’résiste, déjà présent sur la réédition du Charme en personne.
Pas de quoi gâcher la fête néanmoins- où soit dit en passant, les non arabophones et les féministes pourraient avoir quelques réticences à se rendre -. Car une fois évacuées ces critiques, il reste à rendre hommage à celui qui ne beugle pas avec le troupeau et cultive sa différence comme une plante précieuse (et carnivore !). A celui qui tout en ancrant profondément son rap dans la réalité et le quotidien, s’émancipe de sa condition de banlieusard fils d’immigré pour s’attarder sur sa condition d’homme. « Mon son dépasse les frontières » : Rarement un rappeur s’était adressé à la multitude plutôt qu’à la cité avec autant de naturel et de talent.
Chronique rédigée par Fab