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"L'homme bon et le Bonhomme"
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Le 05 Avril 2008
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Le combat continu a dix ans cette année. Un hommage s'imposait pour le second et ultime album d'Idéal J. Son ex-leader Kery James a choisi de s'en charger lui-meme avec son troisieme album solo : A l'ombre du show-business. Si c'était a refaire était l'album de la prise de conscience, Ma vérité celui de l'hésitation. A l'ombre du show-business est celui de l'équilibre trouvé entre son passé de bonhomme et sa nouvelle vie d'homme bon. Une fusion plutôt qu'un grand écart, et un retour vers le futur.
La "réconciliation entre le Kery James d'Idéal J et celui de Si c'était a refaire" qu'il annonçait n'est pas vraiment un scoop, mais plutôt une confirmation. Depuis Intact (2004) avec Rim-K ou encore Attention sur Rap Performance (2005), les pulsions "idéaljiques" de Kery se répétaient, jusqu'a l'amener a retrouver en 2007 la Mafia K'1 Fry pour un album de qualité.
En confiant la réalisation de ce nouvel album a Kilomaître (Diam's, Sinik, Sniper), l'Orlysien et son label ont opté pour une valeur sure, loin des productions expérimentales et électros du précédent album. La longue liste d'invités (onze) composée d'artistes a succes (Grands Corps Malade, Vitaa, Zaho) contraste également avec les quatre featurings de Ma vérité. Dans sa conception, A l'ombre du show-business part avec des atouts commerciaux bien plus importants que ses prédécesseurs.
Le combat continu 3 inaugure l'album comme on inaugure un navire de guerre en fracassant une bouteille sur sa coque : violemment. Une mise au point sur l'homme et l'artiste qu'il est devenu. Musique froide, beat martelé et précipitée :ambiance plus que jamais hardcore redoublée par la puissance de la voix et la rime finale qui claque comme un fouet. Impressionnant également Vrai peura, exécution lyricale du < rap de plouc > et de ses créatures. L'incorruptible MC déplore au passage que "les rappeurs lâchent le hip-hop pour la Tecktonik". Savait-il que son invité Black V.ner préparait le morceau-concept Raptecktonik ? ! La qualité augmente encore avec l'angoissant X et Y, qui raconte a l'envers l'histoire d'un meurtre. Effet garanti avec l'association de piano, de violon et de synthés tres Dirty South évoquant un moteur en pleine accélération. Foolek, un morceau Crunk de plus ? Pas tout a fait grâce a une bonne dose d'humour et d'originalité qui, associée a la voix du Lil'John national Black V.Ner, fait encore une fois la différence.
Son message, l'artiste choisi cette fois de le délivrer sous une lumiere tamisée au son d'un piano. Banlieusards appelle la jeunesse de la "deuxieme France" a reprendre en cour "on est pas condamné a l'échec" plutôt que J'temmerde. Pleure en silence enseigne que les pauvres n'ont pas le monopole de la souffrance. A l'ombre du show-business, titre éponyme renforcée par la contribution symbolique de Charles Aznavour, est un poignant hommage au rap, art adulte toujours pas reconnu majeur. L'émotion et l'originalité musicale apportée par les xylophones et les percussions de Si c'était a refaire manquent dans ces themes pourtant forts et profonds. Une émotion que n'apportent pas d'avantage Vitaa sur Thug love, toujours aussi guimauve, ni Zaho sur Je m'écris, beau morceau ou la chanteuse se rattrape quand meme du nullissime C'est chelou. On préférera la voix douce de Zap Mamma sur Apres la pluie, celle de l'ex-Black StreetChauncey Black sur l'efficace et tres west-coast Encore, ou celle de J-MI Sissoko sur l'excellent Ghetto aux influences soul.
Les rappeurs sont-ils comme Kery James l'affirme les héritiers des poetes? On peut en tout cas affirmer que lui est un grand artiste et un formidable interprete qui nous fait oublier des rimes et des métaphores parfois faciles. On aurait aimé éviter l'expression banalisée "album de la maturité". C'est cependant ce qui vient a l'esprit pour A l'ombre du show-business, "hardcore et réfléchi". Un album particulierement important pour celui dont les maisons de disque ne voulaient plus apres Ma vérité. Cela justifie sans doute quelques morceaux et invités discutables, qui contribuent a faire de cet album le plus accessible de sa carriere. Ce que les adeptes de la premiere heure ne pourront pas lui reprocher si cela lui permet enfin de rencontrer le large public qu'il mérite plus qu'aucun autre.
Chronique rédigée par Fab