28 Avril 2008 >> Interview >> Ekoué
Rencontre avec Ekoué (La Rumeur) "Sous les pavés la rage"
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Vendredi 25 avril, premier vrai jour de printemps à Paris. Le ciel est bleu, les pigeons roucoulent. Dans les rues de Montmartre, des dizaines d’Amélie Poulain ont fait sauter quelques couches de vêtements et promènent avec élégance des bouledogues nains très moches.De la pittoresque bouche de métro Lamarck, encadrée par deux escaliers grimpants vers la Butte, vont et viennent des touristes européens en visite à Paris, des Parisiens en partance pour l’Europe…et un certain rappeur nommé Ekoué. Il nous rejoint à la terrasse d’un café, visiblement fatigué. Pas facile de conjuguer études et vie d’artiste.Invité par Wagram à réaliser une compilation, il ne s’est pas gêné pour choisir 35 titres représentatifs de <« ce que le rap hexagonal a produit de plus dangereusement prémonitoire sur l’évolution de la situation sociale en France ». Rohff, Casey, 400 Hyènes, Youssoupha, Despo Rutti, 113, Lunatic, Scred Connexion… Sous les pavés la rage regroupe différentes générations de MC’s en évitant les tubes. Un titre qui fait écho au célèbre slogan de mai 68 : Sous les pavés la plage. Petit retour en arrière : En mai 1968, des étudiants dépavent les rues du quartier latin de Paris, les soupèsent, prennent quelques pas d’élan et les balancent sur les CRS. En saisissant ces délicats projectiles sur lesquels beaucoup avaient marché mais que peu avaient goûtés, ils s’aperçoivent qu’ils reposent sur du sable. Poétique et imagé, Sous les pavés la plage se multiplia sur les murs des amphis des universités et devint l’un des sous-titres du film de mai 68, durant lequel étudiants et ouvriers s’élevèrent notamment contre une société figée dans ses mœurs et un pouvoir vieilli. Quarante ans après, « tous les ferments d’une société au bord de l’implosion sociale sont réunis », selon le membre de La Rumeur. Le goudron a recouvert les pavés mais la rage qui couvait sous le sable sans même qu’on l’ait aperçue, dans les fondations même des grands ensembles, s’est libérée : « Les émeutes de novembre 2005 sont le fait le plus marquant depuis mai 68 », estime t-il.« Elles ont duré plus longtemps que celles de 68, et sont symboliquement beaucoup plus violentes, car on s’en est pris à notre environnement direct. C’est une automutilation. » Des émeutes qu’il a vécues en tant qu’observateur plutôt qu’en tant que participant, « car j’ai 33 ans et je me vois pas aller cramer une bagnole ». Engagés pour une société plus juste, « pas mal de soixante-huitards qui sont aujourd’hui à des postes suffisamment influents pour changer la société en profondeur n’en ont plus rien à branler », regrette t-il. Certains des révoltés d’hier sont les donneurs de leçon et les frileux d’aujourd’hui, eux qui ont « regardé les émeutes sous leur seul aspect structurel sans essayer d’aller voir plus loin, avec un paternalisme dans la façon même de lutter qui voudrait que tout ce qui n’est pas encadré politiquement, tout ce qui ne renvoie pas à une idéologie bien précise n’ait pas sa légitimité en tant qu’émeute ». Une rancœur qu’il réserve également à « certains médias comme Libération qui nous avait descendus à la sortie de Regain de tension, qui était un album prémonitoire, et sont revenus nous voir après les émeutes en nous donnant deux fois la couv ». Politiquement, son constat après un an de présidence de Nicolas Sarkozy est « le même que je faisais en 2002 quand il était ministre. Les Français ont élu à 53% un type qui a rendu les banlieues explosives et qui a plombé l’économie du pays, car il ne faut pas oublier qu’il a été ministre de l’Intérieur et de l’Economie avant de devenir président. Il a fait toute sa campagne sur le pouvoir d’achat et la sécurité, mais le premier est au ras des pâquerettes et j’ai le sentiment que la société est encore plus violente, comme en témoignent les récentes émeutes de Villiers-le-bel ». Le retour de la police de proximité ? « Super » commente t-il ironiquement. « La meilleure façon d’apporter des réponses aux problèmes des banlieues c’est que les gens aient des perspectives d’avenir un peu plus joyeuses. A partir du moment où il y a 40% ou 50% de chômage dans certains quartiers, comment tu veux enrayer le problème de la violence ? Je trouve que c’est un calcul imbécile ». Vous l’aurez compris, Ekoué n’est pas prêt d’aller prend un pot à l’Elysée. D’autant plus que son premier street album qui arrive en juin en attendant l’album solo prévu fin 2008 ne proposera pas l’armistice : « ça parle d’oseille, de l’état du rap, ça crache sur les keufs, sur Skyrock, sur Sarkozy, sur tous ceux qui sont vendus ».Les lamas n'ont qu'à bien se tenir !Propos recueillis par FabienEn écoute sur le site :Al - Mon devoirVoir la fiche Album de Sous les pavés la rage : Ekoué - Sous les pavés la rage
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