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CHAPITRE 5 :
ANALYSE TRANSVERSALE


Après avoir modélisé notre sélection de textes, nous allons en faire une analyse transversale. Nous allons rassembler toutes les idées ressorties lors des modélisations, associer ce qui est identique dans les différents textes et distinguer ce qui ne l’est pas. Que pensent en général les rappeurs de la politique, la justice et la police de leur pays ? Du système en général mais aussi la perception que le système a d’eux ?

Dans un second temps, nous allons mettre en lien nos résultats avec la théorie des représentations sociales. Nous allons tenter de la mettre en pratique, et rechercher quelle pourrait être la structure des représentations mises en avant dans notre analyse.

Nous reviendrons également sur notre hypothèse émise dans le chapitre méthodologique, nous argumenterons sur sa pertinence. Est-elle vérifiée ou au contraire inappropriée ? Et pourquoi ?

I. ANALYSE TRANSVERSALE DES MODELISATIONS

Nous avons divisé notre modélisation secondaire en deux ensembles : le premier concerne le système du pays et le second concerne le groupe de rap et ceux qu’ils représentent dans leurs textes.

La plupart des rappeurs français expriment, dans leurs textes, une « haine » qu’ils ressentent envers le système français ; ils se sentent opprimés par celui-ci et remettent en question les principes de la démocratie et particulièrement de la démocratie française « légalité, égalité, fraternité ». Je reprendrai les propos de Fabe dans son texte « Evidence » qui résument bien cette idée : « Y’a pas la même veine (chance) pour tous, donc évidemment pas la même haine pour tous. Ils nous font croire qu’y a les mêmes lois pour tous, mais sans les mêmes avocats, y’aura jamais la même justice pour tous ».

En ce qui concerne la politique, souvent, ils ne se reconnaissent pas en elle, les politiciens ne les prennent pas en considération. Le groupe Sniper dit même que les lois sont conçues « pour les descendre ». Ils demandent et attendent des changements politiques.
Fabe et Kerry James parlent de la responsabilité de certains jeunes dans la montée de l’extrême droite ; leurs comportements renforceraient la peur chez certaines personnes qui deviendraient vulnérables face aux discours extrémistes. D’un autre côté, certains dénoncent la manière dont sont gérées les crises avec les jeunes banlieues ; des solutions concrètes aux problèmes ne sont pas proposées mais tout est fait pour « canaliser la révolte ». En France comme en Belgique, des critiques sont aussi faites sur des affaires concernant des politiciens qui agissent illégalement et ne sont pas punis.

Dans la plupart des textes, pour ne pas dire tous, la justice est vraiment perçue comme inégalitaire ; « justice partiale », « justice à deux vitesses », « pas de justice », « double peine », « la justice est une balance qui trouve rarement son équilibre », « justice pour les Arabes et les Noirs » sont plusieurs des représentations qui lui sont attribuées. Les rappeurs donnent souvent comme contre-exemple le fait que les bavures policières ne soient jamais punies comme elles le devraient. Certains vont jusqu’à parler de complicité de la justice avec les autres représentants du système. Généralement, ils ne sont pas pris au sérieux par la justice, les magistrats ne croient pas leurs récits sur la manière dont les policiers les traitent.

La plupart des rappeurs témoignent dans leurs textes d’expériences vécues qui dénonceraient des comportements non professionnels de la police ( bavures, « coups de bâtons », contrôles musclés, abus de pouvoir lors de gardes à vue). La police leur est hostile et n’est sûrement pas là pour les protéger en tant que citoyens. Lorsqu’ils viennent dans les quartiers c’est souvent pour les contrôler et habituellement cela se termine mal. Le groupe Psy4 de la rime et Kerry James nuancent cette idée en précisant que les policiers ne sont pas tous comme cela, mais cela existe, surtout dans les banlieues. C’est ce qui explique l’énervement de certains jeunes. Par ailleurs, Kerry James critique dans son texte les jeunes qui insultent la police à leur passage.

Dans deux des textes, les médias ont été critiqués en raison de l’image négative qu’ils diffusent des banlieues et des jeunes issus des banlieues. Ils renforcent les stéréotypes sur les jeunes et montrent les banlieues comme des nids de violences et de drogues, ce qui fait peur aux Français « moyens » et appuie les discours extrémistes.


Le système scolaire a également été critiqué ; il « imposerait des modèles » qui ne voudraient pas de leur réussite. Fabe dénonce une éducation de seconde zone dans laquelle les professionnels ne seraient pas à l’écoute de leur mal-être ; au lieu de cela, une orientation leur serait, rapidement, imposée.

Certains rappeurs expliquent qu’ils rappent au nom d’individus qui n’ont pas la parole, que personne n’entend, victimes de tout ce qu’ils dénoncent. Souvent, ils n’ont plus rien à perdre et passent à l’acte (brûler des voitures, etc. ), ne se sentant pas écoutés. Les sentiments qu’ils ressentent sont « le vide », « le mal-être », « la haine », « la rage », « la susceptibilité », « l’insociabilité », « le pessimisme » ; tous ces sentiments proviennent de leur vécu quotidien qu’ils racontent dans leurs textes.

Ils témoignent également de stéréotypes véhiculés à leur égard par la société. Ils sont mal vus la plupart du temps, être issus des banlieues signifie, aux yeux de la société, être délinquants. Ils se sentent « pris pour cible », « mis à l’écart » ou « rejetés » par la société qui se méfie d’eux. Ils ne se sentent pas considérés comme des citoyens du pays.

Plusieurs rappeurs témoignent de la difficulté de la vie en banlieue, l’oisiveté traduit le quotidien des jeunes de la rue dont les talents sont gâchés. Pitcho parle de la vie dans la rue comme d’une routine dans l’attente d’un meilleur qui n’arrive pas. La rue devient le seul endroit accessible aux jeunes. Le pessimisme pousse certains à croire que seule la mort peut les délivrer de cette situation. Les logements sont aussi critiqués, chers et pas agréables à vivre. Kerry James raconte dans son texte la pauvreté des gens qui, endettés, n’arrivent pas à s’en sortir tellement la vie devient de plus en plus chère.

Un autre thème plusieurs fois abordé est celui de la drogue, vu de différentes manières selon le groupe de rap :
- la drogue « douce » qui permet d’oublier les problèmes, qui sert aussi de business, pour gagner de l’argent facilement
- la drogue dure qu’il faut éviter absolument, mais qui semblerait en permanence présente dans la rue et assez tentante.
- L’alcool présent à tout heure dans les rues.
- Les médicaments dont la méthadone qui sont comme soin par le système pour se foutre en l’air.

En ce qui concerne les deux textes belges, nous avons remarqué que les faits dénoncés étaient souvent reconnues par le système. Nous pouvons citer l’exemple des polémiques concernant certains partis politiques, la guerre des polices ou l’affaire Agusta qui ont été dénoncés par les médias et ont fait la une des journaux. Ces affaires concernent toute la société belge, et non une partie de la population, contrairement aux dénonciations des textes français.

Aucuns stéréotypes perçus par la société n’est ressortis des textes belges, notre hypothèse fut totalement infirmée ; les représentations sociales des rappeurs belges sur la politique, la justice et la police ne sont en aucun cas liées à une manière d’être vu par le système. À l'inverse de certains textes de rappeurs français, où les stéréotypes avec d’autres facteurs jouent un rôle dans les représentations du système.

Les textes belges ne présentent pas de clivages « eux » « nous », ils ne parlent pas de « haine », et aucun stéréotype n’a été relevé. Par contre, dans le texte « la routine » de Pitcho, sa description du quartier peut être comparée à celle des banlieues françaises où certaines similitudes apparaissent (drogue, avenir pessimiste, description négative de la rue, des logements, …).

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TABLE DES MATIERES
  • INTRODUCTION GENERALE
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  • CHAPITRE 1 : Le rap des années 80 à aujourd'hui
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  • I. Introduction
  • II. Qu'est-ce-que le rap ?
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  • III. La culture Hip-Hop
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  • IV. Le rap americain
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  • V. Le rap français
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  • VI. Themes et messages dans le rap
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  • VII. Le rap, la censure et la politique
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  • VIII. Le rap et les médias
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  • IX. En Belgique
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    - Entretien avec le groupe belge « La Résistance »
  • X. Conclusion
  • Clique ICI
  • CHAPITRE 2 : Problematisation ;Le concept des représentation sociales
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  • I. Introduction
  • II. Auteurs
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    1) durkheim
    2) freud
    3) moscovici
  • III. Differents aspects des représentations sociales
  • Clique ICI
    1) Une forme de connaissance particulière
    2) le rôle du langage, de la communication et de l’interprétation
    3) les representations sociales et le groupe d’individus
    4) entre la psychologie et la sociologie
  • IV. Structure, fonction et dynamique des representations sociales
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    1) structure des representations sociales
    2) dynamique des représentations sociales
    3) fonctions des representations sociales
  • V. Conclusion
  • Clique ICI
  • CHAPITRE 3 : Methodologie
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  • I. Introduction
  • II. Sujet de mémoire
  • Clique ICI
  • III. Corpus empirique
  • Clique ICI
    - L’entretien exploratoire
  • IV. Collecte des données
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    1) Les sources documentaires
    2) la sélection des données
    3) Catégorisations de l’objet d’étude
  • V. Analyse des données
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    1) spécificité d’une étude sur les representations sociales
    2) la demarche d’analyse
  • VI Conclusion
  • CHAPITRE 4 : L'analyse des données
  • Clique ICI
  • I. Introduction
  • II. Modelisation primaire des données
  • Clique ICI
    - Discussion : Texte 1 : Assassin – L’Etat assassine
    - Discussion : Texte 2 : Assassin – L’Etat policier
    -Discussion : Texte 3 : Sniper – La France Clique ICI
    -Discussion : Texte 4 : Sniper – Pris pour cible
    -Discussion : Texte 5 : Fabe – On m’a ditClique ICI
    -Discussion : Texte 6 : Fabe – Evidence
    -Discussion : Texte 7 : La Rumeur – Le silence de ma rueClique ICI
    -Discussion : Texte 8 : Psy 4 de la rime – Justicier
    -Discussion : Texte 9 : Kerry James – Je revendique Clique ICI
    -Discussion : Texte 10 : Starflam – Ce plat pays
    -Discussion : Texte 11 : Pitcho – La routine Clique ICI
  • III. Modélisation secondaire des données
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    -Discussion : Textes 1 et 2 : Assassin : « l’Etat assassine » et « l’Etat policier »Clique ICI
    -Discussion : Textes 3 et 4 : Sniper : « la France » et « Pris pour cible »
    -Discussion : Texte 5 et 6 : Fabe : « On m’a dit » et « Evidence »Clique ICI
    -Discussion : Texte 7 : La rumeur : « Le silence de ma rue »
    -Discussion : Texte 8 : Psy 4 de la rime : « Justicier »Clique ICI
    -Discussion : Texte 9 : Kerry James : « je revendique »
    -Discussion : Texte 10 : Starflam : « Ce plat pays »Clique ICI
    -Discussion : Texte 11 : Pitcho : « La routine »
  • IV Conclusion
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  • CHAPITRE 5 : ANALYSE TRANSVERSALE
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  • I. Analyse transversale des modelisations
  • II. Discussion des résultats
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  • III. Qu'en est-il de notre hypothese
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  • CONCLUSION GENERALE
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  • BIBLIOGRAPHIE
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