La France n’avait pas encore d’artiste Emo Rap à sa hauteur, avec Ruby Rodd, c’en est fini. De quoi insuffler sa sensibilité à un hip-hop français balançant entre ses codes de la rue et ses pieds de nez à la variété française! 

    Modeste, Ruby Rodd prétend avoir commencé la musique à 18 ans, il en a 20. Mais le jeune chanteur passe toutes les années à apprendre le solfège pour maîtriser son premier instrument, le violon (pendant 4 ans), puis la guitare (2 ans). Mais voilà, se retrouver avec un cahier et un crayon pour apprendre la musique, Ruby n’a jamais réussi à l’accepter. Pour lui, la musique se vit, se joue mais ne s’étudie pas comme à l’école. Alors très vite, il a travaillé son instrument principal : sa voix qu’il a modelée à force de raps, de chants entre R&B et Soul et des reprises de ses morceaux préférés diffusés sur Youtube : le guitare-voix FourFiveSeconds de Rihanna, Kanye West et Paul McCartney, le If I ain’t Got You d’Alicia Keys, et le DKR de Booba qu’il chante avec une justesse troublante. Dans cette dernière cover, Ruby Rodd étonne et retrouve les intonations toutes cotonneuses d’un Alpha Blondy, le champion du Reggae de Côte d’Ivoire qui avait révolutionné le Reggae africain avec Brigadier Sabari. 

Comme Booba, Ruby est métis, de père portugais et de mère ivoirienne. Son père, ingénieur mécanique, collectionne les vinyles de funk, de Barry White et de George Michael; sa mère, éducatrice auprès de personnes handicapées physiques n’aime que les grandes voix de la pop américaine: Whitney Houston, Mariah Carey et Michael Jackson, quand elle ne retrouve pas les rythmes Mapouka ou Zouglou de son pays. 

Ruby Rodd grandit dans cette ambiance entre l’appartement HLM de la Cité rouge à Bagnolet et les vacances dans le village natal à la périphérie d’Abidjan. Il en parle encore avec émotion : 

« Je suis content d’être allé jeune en Afrique, de connaître les douches avec les seaux, j’étais accueilli comme un roi, je regardais les comédies ivoiriennes à la télé... Et quand, je rentrais dans mon HLM, j’étais content de retrouver ma douche. » Même si au bas de son immeuble, ce n’est pas folichon : « Moi j’étais habitué aux jeunes qui traînent en bas des blocs, qui fument et qui crachent par terre, donc ça allait. Mais ceux qui viennent d’ailleurs auraient pu dire que ça craignait. » 

Dès ses premières covers, on remarque sa voix suave mais puissante; même son style sur Instagram plaît à une première beatmakeuse, Maï, cette dernière lui présente le producteur Gauts et ils enregistrent ensemble le titre  Pourquoi ? une chanson de rupture douce amère avec un low tempo, diffusée en janvier 2017, c’est un carton, plus de 700 000 vues. 

Neuf mois plus tard, Fantasy avec sa pote Youtubeuse, Pembe Cherol, fait encore mieux : 2,5 millions de vues. Tourné pendant le carnaval de Londres, le morceau au parfum caribéen est construit sur une boucle de steel-band, la percussion du calypso. 

Bad bitch un titre hypnotisant donnent autant envie de danser que de méditer. Au lycée, un ami lui a présenté un autre producteur, Nicolas Locomte. Ensemble, ils mettent au point cette juste alchimie et tendent vers leurs modèles : Post Malone, Lil’ Yatchy, The Week End. 

Gang est la profession de foi de Ruby Rodd, une allégeance à une liberté totale tout en demeurant dans le monde : rester dans sa bulle sans se couper du monde; La Dalle, une ode à la gagne, une envie affirmée de sortir des années de galère ; Bad Bitch, une petite vengeance sur le ton de l’humour à une jeune femme qui lui a brisé le cœur.

Découvrez au plus vite l'excellent "Bad Bitch" de Ruby Rodd; un beau visuel accompagné d'un son très lourd :