Chronique rap francais : Le Rap underground d'aujourd'hui

Passage du hard core au commercial ?


J’ai écouté ou plutôt réécouté le ‘ chaos et harmonie ‘ d’Ali, cette fois avec une oreille plus pointilleuse.
Et là subtilement je me suis dit qu’ils sont vraiment nombreux ces MC qui se sont converti partiellement ou totalement. Ceux là qui sont passé du hard core à autre chose. Les convertis comme je les appelle ont fait leur preuve, ont été parmi les pionniers du rap français, ils ont été de tous les combats fondateurs et implantateurs de la chose ‘rien à perdre’, et puis ont soit changer radicalement de langages, soit changer le ton du message, ou alors sont passés au commercial pur et dur.
On a connu Kery James et son Idéal J au franc parler plus révolutionnaire que 1789 ; Du ministère amer, on oublie pas les rimes amers sur la condition sociétal, ‘sacrifice de poulet’ est de ces titres qu’on traite aujourd’hui de classique dont le langages résolument venimeux n’a à coup sûr laissé personne indifférent ; Ali n’est pas en reste, le lunatic dont le ‘crime paie’ résonne encore dans plus d’un haut parleur fait maintenant métier dans l’appel au respect de bonnes vertus et par là dans le respect du créateur, ‘ car seul sa vérité reste la vérité’. Qu’est ce à dire donc ? Qu’il y a un temps pour brutaliser et un autre pour se convaincre qu’en fait le langage, le message passe aussi bien par des mots durs à la NTM que par des mélodieuses rimes à la ‘cesse le feu’ ? 
Inspectant les plumes rap à deux époques différentes, le constat est là, tout devient plus doux, moins brutal, moins frontal, plus tolérant, plus mélodieux, plus religieux. Que Kool Shen fait ‘un ange dans le ciel’ , plutôt bon titre, m’a semblé bizarre, bizarre comme de découvrir un nouveau Kery James et, désolation avec les anciens du ministère amer. Car qu’est ce qu’ils deviennent ceux là, eux et plusieurs autres. Doc Gynéco dans la variété, Stomy je sais plus dans quoi, et l’autre là, Passi résolument chasseur de fric, ‘le sans de la vendetta’ c’est loin ça. Les plumes qui ont eu à faire trembler politiques et oppresseurs, de plus en plus se vautrent dans une mutation de style.
Il faut dire que certains convertis gardent la même logique rap, la même ligne éditorial comme on dit en journalisme, pendant que d’autres ont abandonné un navire qu’ils ont jadis défendu. A croire que leurs revendications on été pris en compte, ou alors qu’ils croyaient pouvoir boxer mais n’étaient bon qu’à montrer les numéros de round. De toute façon on s’en fiche, chacun son combat ! D’autres encore passe du temps à faire des truc à la ‘ je suis venu vous gifler ‘, des rimes égocentriques, ultra grossier n’ayant pour toute essence que la mégalomanie ; Booba et acolytes nous aussi on vient vous gifler.
Je suis de ceux qui pensent que le rap comme à ces origines devrait être un moyen de dénonciation, de revendication, une musique ou l’art d’écrire fait corps avec la lucidité d’un architecte sonore pour mettre des gens devant leurs responsabilités. Faut conquérir sa situation, ses droits, ses libertés, le rap, hard core ou pas le fait, avec ses manières, avec ses traîtres et ces mathématiciens du blé. Une chose est sûr le truc va continuer avec tous ces convertis, avec tous ses détracteurs, avec aussi ces divergences et autres diversités d’opinion de sorte que plus personne ne se croit supérieur dans ce bas monde qui nous perdra tous.

F. Billy (Dschang, Cameroun)