Chronique album : Nessbeal Roi sans couronne Nessbeal

Un vent nouveau souffle sur le rap français et on espère bien qu'il va le dépoussiérer. Le nom de cette tornade: Orelsan, venu de nulle part (enfin de Caen) ce blanc bec va obligatoirement se farcir pendant longtemps la comparaison avec Eminem. Et ça fait longtemps qu'on l'attend notre Eminem français. Tout y est mysoginie, auto destruction et auto dérision...

Voilà tout l'espoir qu'on a en Orelsan. Il s'est fait connaïtre du grand public il y a quelques mois avec le titre « Changement » et ça a tout de suite fait mouche, MTV a immédiatement misé sur lui et sur son clip déjanté. Il est donc tout naturel en cette semaine de sortie d'album, que le microcosme du rap français frétille pour accueillir à bras ouverts le nouveau venu.

On retrouve sur cet album les titres qui ont fait son succés tels que "Changement" ou "No Life" (sans Nessbeal), peu de featuring, il y a biensûr Gringe, son acolyte du groupe Casseurs Flowteurs sur "Entre Bien et Mal" ou Gringe incarne le bien et Orelsan le mal. Sur l'outro "Peur de l'Echec", Ron Tal, un guitariste américain joue un solo de guitare.
Orelsan se fait appeler "Jimmy Punchline" pendant trois minutes et il porte bien son nom, les punchlines coulent à flots sur cet album: « Si t'as du flow et pas de paroles tu seras jamais plus fort que Scatman », il y en aurait beaucoup à citer. Même si leur puissance se fait plus par le choix des mots que par l'image qu'elles renvoient.

Toutes les tendances actuelles sont sur cet album, l'auto-tune y a une place importante et Orelsan a une certaine influence américaine mais on a du mal à le croire lorsqu'il nous dit que Logo dans le ciel est son single commercial. Titre à aspiration dirty South, on doute de sa vocation à « retourner les boîtes » car le flow du rappeur n'adhère pas bien à ce style de prod. 
Le Caennais nous sort les vérités qu'on pensait tout bas et lorsqu'il aborde le sujet d'un album unique, on ne peut qu'hocher la tête. Car même si cet album est brillant, on n'a l'impression que tout est dit, même déjà redit d'un texte à l'autre mais pas de hâte, certains rappeurs en sont déjà à leur 4ème album sans n'avoir jamais développé aucun thème!

Le point fort de Perdu d'avance, est biensûr le sens de l'humour et l'autodérision du rappeur qui ont donné naissance à des titres hilarants tels que Pour le Pire ou Soirée Ratée, qui resteront dans les annales. Mais le rappeur a su faire des textes plus personnels, caractérisés comme le reste de l'album, par une grande sincérité. Le plus poignant est 50Pourcents, dans lequel il laisse échapper les sentiments qu'il a eu pour une fille, qui se fichait de lui et qui est finalement tombée enceinte mais ne savait pas de qui...

Il est presque inutile de parler de la qualité des prods quand on sait que Skread a produit tout l'album sans oublier d'y ajouter une bonne dose d'éclectisme, et avec les textes d'Orelsan, c'est la recette explosive qui font de cet album une bombe.
Le seul bémol reste le flow d'Orelsan, pas varié, peu travaillé et c'est là la différence majeure avec Eminem si on devait suivre la comparaison.
Orelsan exprime un pessimisme exacerbé avec le titre de cet album (et sa pochette), selon lui, celui de la dernière chance, que l'on retrouve sur le titre « Perdu d'avance » et « Peur de l'échec » en fin d'album. On sent la peur de l'échec tout au long de l'album mais c'est réellement le titre de ce nom qui laisse pantois. Orelsan y balaye toutes les impressions qu'on aura eu de lui sur les premières pistes et se livre sur des sujets délicats. Ce morceau, même s'il n'est pas intéressant musicalement étonnera par son contenu.
En tout cas, il faut rassurer Orelsan, l'échec est bien loin de lui et le nuage pluvieux au dessus de sa tête va bientôt se dissiper.
Son album est une réelle bouffée d'air frais (chaud?) cet hiver. Le concept est bien trouvé et on y a adhère totalement. De plus, du rap non parisien, non banlieusard et non politisé mais de très bonne qualité réchauffera nos oreilles...

Chronique rédigée par Vanessa