Lino n’a jamais eu peur de dire ce qu’il pense. Lors d’un entretien accordé au média Get Busy, le rappeur d’Ärsenik a livré une analyse sans détour de l’évolution du rap français. Selon lui, l’industrie actuelle favorise les artistes qui reproduisent les mêmes recettes musicales, au détriment de la créativité qui faisait pourtant l’ADN du mouvement à ses débuts.
Au fil des années, le rap s’est imposé comme le genre musical le plus écouté en France. Mais pour Lino, cette réussite s’accompagne aussi d’une certaine uniformisation. En évoquant les playlists des plateformes de streaming et les classements musicaux, l’artiste estime que de nombreux morceaux se ressemblent, entre productions mélodieuses, influences afro ou caribéennes et utilisation massive de l’autotune. Si cette formule rencontre un véritable succès auprès du grand public, elle laisse selon lui de moins en moins de place à l’originalité.
Issu de la génération qui a découvert le rap dans les années 1980 et 1990, Lino rappelle que la philosophie de l’époque était totalement différente. Chaque rappeur cherchait avant tout à développer sa propre identité artistique afin de se démarquer. Copier le style d’un autre artiste était alors très mal perçu dans le milieu.
C’est justement ce qu’il regrette aujourd’hui. Pour lui, les logiques imposées par les algorithmes et les plateformes numériques encouragent certains artistes à reproduire des formules déjà populaires plutôt qu’à prendre des risques. Une tendance qui, selon ses propos, éloigne progressivement le rap de son essence créative.
Au cours de l’interview, Lino pousse sa réflexion encore plus loin en s’interrogeant sur la motivation de certains artistes. Il déclare notamment : « On tombe dans le truc des algorithmes. Soyons clairs : est-ce que ces gens-là veulent vraiment être des artistes ? Si tu pars du principe : “je veux faire de l’oseille”, tu n’es pas un artiste, tu es un chef d’entreprise. » Une prise de position forte qui distingue clairement, à ses yeux, la recherche artistique de la simple logique commerciale.
Le rappeur affirme également avoir davantage de considération pour les artistes qui évoluent en marge des tendances dominantes. Selon lui, ce sont souvent ces profils plus discrets qui continuent d’expérimenter, d’innover et de défendre une véritable vision artistique, sans chercher à reproduire ce qui fonctionne déjà.
Cette sortie de Lino relance une question qui traverse le rap français depuis plusieurs années : faut-il privilégier l’efficacité commerciale ou préserver une identité artistique forte ? Si les tendances évoluent avec leur époque, les propos de l’ancien d’Ärsenik rappellent que l’authenticité reste une valeur fondamentale pour une partie des pionniers du mouvement.
Une chose est sûre, cette prise de parole ne laisse pas les amateurs de rap indifférents. Entre défense de l’innovation et critique du formatage musical, Lino remet une nouvelle fois le débat sur la table et rappelle que, pour lui, l’originalité demeure l’une des plus grandes forces du rap.