Freeze Corleone devant la justice : le procès d’un silence

Freeze Corleone devant la justice : le procès d’un silence

Par Mehibel - 19 févr. 2026

Freeze Corleone devant la justice : le procès d’un silence

Le tribunal correctionnel de Nice a vécu ce lundi une séquence aussi surréaliste que préoccupante pour la liberté d’expression dans le rap français. Freeze Corleone, absent à l’audience après avoir reçu des menaces, était poursuivi pour apologie du terrorisme en raison de sa chanson “Haaland”, un duo avec le rappeur allemand Luciano. Le parquet a requis 18 mois de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende, et trois ans d’interdiction de séjour dans les Alpes-Maritimes. La particularité de ce procès ? Il porte sur des propos que le rappeur n’a jamais explicitement prononcés.

Au cœur de la controverse, trois vers et trois secondes de silence : “En défense j’suis Kalidou, t’es Lenglet. Burberry comme un grand-père anglais. J’arrive dans l’rap comme un camion qui bombarde à fond sur la…” La référence à l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, qui avait fait 86 morts et des centaines de blessés, est suggérée par la rime inachevée et le silence qui suit. Mais juridiquement, pour la première fois dans l’histoire du rap français, un artiste risque d’être condamné pour ce qu’il n’a pas dit — un précédent inquiétant.

La défense, représentée par Me Adrien Chartron, a dénoncé “le procès du style” et une erreur de retranscription avec l’ajout de trois points de suspension dans le texte, transformant une phrase inachevée en insinuation condamnable. “On invente un délit d’insinuation d’apologie du terrorisme, qui n’existe pas”, a-t-il martelé, avant d’ajouter : “On peut faire ce procès à pratiquement tous les rappeurs.” L’avocat a également souligné l’absence de son client, justifiée par les menaces reçues et le fait qu’il est poursuivi pour des paroles qu’il n’a pas énoncées.

Le procureur Damien Martinelli a qualifié Freeze Corleone de “Dieudonné du rap français”, dénonçant “un fond idéologique nauséabond et une volonté de provocation dans une logique mercantile”. Mais cette comparaison, bien que provocante, occulte une nuance essentielle : dans le cadre de l’egotrip rap, le but n’est pas de glorifier le terrorisme mais d’affirmer une détermination similaire dans l’industrie musicale. Une figure de style, certes choquante, mais qui relève de la rhétorique artistique plus que de l’incitation.

Ce procès pose une question fondamentale : où commence la censure quand la justice condamne des silences et des suggestions ? La peine requise est particulièrement sévère et il est peu probable qu’elle soit prononcée telle quelle. Le verdict sera rendu le 27 avril. D’ici là, le rap français retient son souffle.


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