Je m’appelle Ikkem, j’ai 23 ans et ca fait bientôt 10 ans que je rap dans mon coin à Casa au Maroc. Aujourd’hui j’habite à Montreal depuis quelques années. Pour moi le fait d’avoir des cultures qui se mélangent dans le son ça le rend meilleur. La musique a toujours été une question de mélange, et pour tout le style. Le rap maintenant est tellement varié que forcément on retrouve de tout. Que ça soit dans les samples, les instruments ou même les voix et les mélodies on sort des choses de là où l’on vient. J’ai de la chance d’être né et d’avoir grandi au Maroc mais d’avoir été super proche de la culture française en même temps. Le canada, la culture nord-américaine, est venue s’ajouter bien plus tard mais pour la musique ça m’a aidé. Ici tu découvres de nouveaux flows et il y’a d’autres mélanges de culture à Montréal incroyables. Ça vient de partout dans le monde et ça cohabite tranquillement. Forcément quand tu écris tes textes, quand tu choisis en quelle langue tu veux poser, quand tu sais que les gens écoutent de tout maintenant, tu fais juste ce qui te parait naturel.
Je me sens comme un marocain qui a un peu perdu de ses couleurs hahahah.
A la base j’avais pas choisi le rap. J’avais commencé par du slam parce que mon meilleur pote en faisait et je voulais voir si j’en étais capable. Sauf que ça m’a piqué et j’ai jamais lâché. On a rajouter de la musique par dessus pour se faire kiffer et puis j’ai commencé à écouter de nouveaux rappeurs, pour moi en tout cas, et je me suis dis « mais en fait c’est ça ce que je veux faire ». Mais au départ c’était juste un délire, tout seul. La plupart de mes potes l’ont découvert super tard.
Forcément comme toute personne qui grandit dans les années 2000 on a eu la Sexion, Diam’s et j’en passe. Mais quand je parlais des rappeurs que j’avais découvert quand j’ai eu 14-15 ans y’a Nekfeu et 1995, Orelsan après on est passé à du Niska ou Laylow et la claque Trinity. En anglais des gars comme Bryson Tiller ou Drake forcément au Canada en plus… Je me limite jamais sur ce que j’écoute parce que tout m’inspire quand on sait écouter.
Projet DATA parle d’une rupture sévère sur fond de confinement qui te renvoie à être seul au moment où tu veux tout sauf l’être. En même temps tu te sens loin de chez toi, et la solitude même en étant entouré quand tu pouvais, était toujours là. Ça c’est la première partie. La deuxième c’est le retour aux potes, aux soirées, au bonheur, à la vie en fait. Mais on oublie rien, on l’intègre et on avance.
Le projet a été construit en 2 Parties parce que pendant plus d’un an on a travaillé sur les morceaux et des choses ont changées. Le but c’est que chaque expérience de la vie est une donnée qu’on rentre dans notre logiciel interne. D’où le nom Projet DATA. Les morceaux se répondent et sont liés, donc cherchez bien les connexions. La première partie est assez triste, mélancolique parce que dedans on va beaucoup parler de rupture que j’ai eu au début du premier confinement, de la solitude qu’on a eu se retrouver enfermé chez soi, de la haine parfois qu’on a eu aussi et de tous ces sentiments qui nous ont mis mal pendant des mois, une année. Après l’interlude, qui sert de reboot de notre code, on renverse la chose et on part sur des morceaux plus joyeux, plus chill. On passe à autre chose, on recommence à sortir, à voir ses potes, à draguer hahaha. Tout ça fait qu’on se sente mieux. Mais pour clôturer le projet on voulait quand même faire un son qui reprend tout ce qui s’est passé, bon comme mauvais, on absorbe dans notre logiciel interne, et on en ressort mis à jour.
Oui ! On fait pas de la musique quand ça nous amuse pas. Forcément parfois ça devient hyper frustrant de pas trouver le bon mot, le bon flow… Un jour sur un des morceaux du projet l’ingé avec qui je travaille KO, à couper la prod pour qu’on prenne une pause parce que j’étais pas loin de passer ma main à travers la vitre de la cabine. On était à 100 prises environ pour une phrase ou je tapais pas la bonne note. Mais ce genre de truc fait aussi que je la kiffe encore plus la musique et le rap. Rien me rend aussi heureux que de sortir du studio en me disant « On a fait du sale taff là ». Projet DATA, quand on l’a terminé, que Melka (mon beatmaker) a tout lié, on l’a juste mis en boucle en se disant que le « sale taff » venait juste de commencer. C’est le premier vrai projet pro donc on peut pas dire que quelque chose se concrétise, on vient juste de commencer.
C’est super dur comme question, je pourrai choisir n’importe laquelle de mes inspirations d’avant. Mais je pense que Hamza ça serait dingue. L’ambiance en studio, juste magique. Le deuxième feat ça serait pour kicker je pense et je vais dire PLK. Impressionnant depuis le Panama Bende et ça se voit tout le travail derrière, ça me pousse de voir ça.
Pour l’instant toujours Montréal mais je bouge quand je peux entre Paris et Casa voir des amis et de la famille.
Je pense que je ferais les feats déjà et d’autres (Dinos si tu m’entends). Mais surtout je veux continuer à explorer dans les sonorités et remplir des salles, remplir vos playlists et avoir mon logo sur vos t-shirts. Voilà les rêves les plus fous